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Un mardi après la fin du monde (5)

Dimanche 23 décembre, 01 heures 06


Après un long examen de la situation Termite confirme les craintes: la sortie de la grotte est fermée par la glace. Un gros bloc s’est enfoncé dans l’ouverture. L’abattement succède à la joie de l’après-midi.

01 heure 25

Termite a calmé l’agitation. La situation est difficile. Il ne sait pas si les secours ont pu prendre la route. On ne peut rester à attendre: sans ouverture l’air ne se renouvelle pas. La réserve d’oxygène est limitée. Chacun doit dès maintenant garder son calme et limiter ses mouvements. On ne maintient que deux bougies allumées.

Le groupe se rassemble. Termite dispose d’une petite pelle et d’un piolet, ainsi que d’un dernier chargeur pour la lampe torche. Dix heures d’éclairage. Le travail sera long. Chacun  restera quinze minutes au somment de l’échelle. La posture est éprouvante et le risque de chute est trop réel pour prendre des risques. Michal a besoin de soins réguliers pour stabiliser la plaie. Hélène s’occupera de lui. Termite monte en premier. Il inspecte la glace. Il n’entend pas le vent. La couche est épaisse. Il voit des fissures et les attaque à coups de piolet. Un son métallique et régulier remplit la grotte.


*   *   *


02 heures 42


fin du monde,neige,hiver,tempête,Anouchka ne trouve plus le sommeil. Elle voudrait agir. Mais elle ne tentera pas de rejoindre la grotte. Avec Termite elle avait envisagé différents risques naturels. D’un commun accord ils avaient défini les situations où il serait opportun d’aller au secours de l’autre, et celles où ce serait déraisonnable. Celle-ci est de la seconde catégorie. Elle sait combien il serait dangereux de braver cette consigne. Elle reste dans la maison, l’angoisse au ventre.


*   *   *


03 heure 20


Dans la grotte les coups de piolet sonnent régulièrement. La glace est dure. L’entame est grande comme la moitié du torse d’un adulte. Termite encourage son monde. Chacun y met du sien.

- Nous avons choisi de revenir à la vie, dit-il. Il faut tenir. Personne ne sait de quoi demain sera fait. Mais nous savons aujourd’hui ce que nous avons à faire. La liberté est au bout de nos efforts.

Dans cette grotte coupée du monde, où la réserve d’air diminue d’heure en heure, quatre humaines et sept humains écrivent leur légende. A coups de piolet ils creusent le chemin de leur liberté. Ils ne se plaignent pas. Pleurer sur leur sort gaspillerait l’oxygène. Ils iront aussi loin qu’ils pourront respirer.



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11 heure 40

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Le chasse-neige arrive au bout de la route. Il dégage une partie de la cour, assez grande pour garer les véhicules des pompiers. Dix hommes en descendent. Anouchka les accueille. Aucun d’eux ne sait comment aller à la Grotte noire. Elle passe des habits chauds pendant qu’ils préparent leur matériel: civière-luge, matériel de sauvetage, cantine portée sur le dos, tentes, pelles, pompe à neige, pharmacie avec le nécessaire de premiers soins. Quand tout est prêt ils chaussent les raquettes et se mettent en route. Anouchka marche en tête. Le vent a faibli. Le ciel est gris et bas.



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13 heures 00


La torche est éteinte. Il n’y a plus de batterie. On travaille à la bougie. La masse de glace est enfin percée. Mais il y a un problème. Il est passé midi et le jour n’apparaît pas. Une autre couche succède à la première: la neige remplace la glace. Une neige collée, compressée, presque aussi dure que la glace.

Termite réunit le groupe autour de Michal. Il expose la situation. On ne sait pas quelle est l’épaisseur de cette nouvelle couche. Sa dureté laisse supposer au moins deux mètres. Il faut encore creuser. Il propose de partager les dernières rations de nourriture sèche. Trempée dans l’eau de la grotte elle prend du volume et remplit l’estomac pour quelques heures. Après il faudra jeûner. S’il reste assez d’air pour respirer. Il ne veut pas cacher la réalité. Il ne sait pas s’ils pourront sortir. Michal prend la parole.

- C’est ma faute. Je suis responsable de ce qui vous arrive. Je vous demande pardon. J’étais obnubilé par cette fichue catastrophe.

- J’ai réfléchi à cela, dit José, un membre du groupe. Au début, quand la glace est tombée sur la grotte, je t’en voulais. Je te rendais responsable de ce qui nous arrive. J’en ai parlé avec d’autres. Nous pensons maintenant que tu n’es pas responsable de nous.

- Comment? C’est moi qui ai suggéré de nous enfermer ici pour attendre la fin du monde!

- Oui. Mais tu ne nous as pas obligés. Tu n’es responsable que de toi, pas de nous. Ne te crucifie pas toi-même. Je suis seul responsable de mon choix. Ne me prends pas en charge. Je ne t’ai pas donné pas ce pouvoir.

- Ce... ce n’est pas un pouvoir...

- Si, c’est un pouvoir. Un pouvoir que je n’accorde à personne. Tu veux être en faute? Tu veux encore cultiver les visions négatives? Prends ta part, mais pas plus. Moi je prends la mienne.

Puis il se lève.

- Termite, je remonte creuser.

- Ne veux-tu pas d’abord manger?

- Je n’ai pas besoin de manger. J’ai besoin de creuser.

Puis, s’adressant à tous:

- Termite nous a porté jusqu’à maintenant. Il nous a donné sa force. Il est temps de prendre mon relais. Je monte. Si vous êtes fatigués reposez-vous. Vous prendrez votre relais plus tard. Allons, au travail.


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fin du monde,neige,hiver,tempête,16 heures 30


L’équipe de secours arrive sur l’esplanade au pied de la falaise. Anouchka cherche l’entrée de la grotte. Une très large masse de neige se trouve à l’emplacement de l’ouverture. Le chêne est en partie immergé. Les sauveteurs examinent les possibilités d’accéder au passage. Puis ils commencent à creuser pendant qu’Anouchka crie le nom de Termite dans la nuit qui tombe.


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23 heures


L’oxygène a baissé. L’air s’est épaissi. L’esprit est moins clair. Depuis un moment un son sourd se fait entendre quand le piolet se tait. Une sorte de rythme régulier. Termite écoute. Il regarde si quelqu’un frappe sur un mur. Il ne voit rien. Il respire lentement et secoue la tête pour y faire circuler le sang. Il veut rester lucide.

Le bruit sourd continue. Il croit même entendre son nom.



A suivre.

Catégories : Poésie 0 commentaire

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