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France, Europe, Ukraine: la montagne et le mulot

Le nouveau gouvernement français a donc décidé de réduire le millefeuille national. La mesure principale était la réduction du nombre de régions. Ce qui aura pour conséquence: moins d’élus à défrayer, moins de locaux à entretenir, plus de cohérence régionale.

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C’est en soi une bonne intention. Face aux Etats-nations de grande taille ou à l’Union Européenne, la région est un contre-pouvoir nécessaire. Elle doit permettre aux citoyens d’avoir prise sur leur environnement et de prendre de nombreuses décisions qui les concernent au premier chef. Le pouvoir régional, bien financé, peut éviter au moins en partie la dépendance à l’égard du centralisme. Ne pourrait-on, en même temps, modifier les élections nationales: par exemple en faire une émanation des régions, les députés étant élus à la proportionnelle intégrale en même temps que les Conseillers régionaux? Le président étant lui élu par le parlement? La France sortirait enfin de cette culture napoléonienne du chef tout-puissant.

Un tel système aurait l’avantage d’une plus grande cohérence nationale. La crainte serait le retour à la quatrième république, avec un pays ingouvernable faute de majorités claires. Mais avec un pouvoir régional plus fort, la députation nationale n’aurait pas le même rôle. Elle ne s’occuperait que de questions régaliennes: Justice, police nationale, armée, récolte de l’impôt, politique extérieure. Elle contribuerait à placer des cadres scolaires, à rendre cohérents les projets de routes nationales, à poser les balises d’une politique environnementale, tout en limitant clairement son pouvoir décisionnel au profit des régions.

Il subsiste un autre risque: celui que les intérêts locaux prennent l’avantage sur les intérêts généraux. Un groupe d’opposant à un projet dans une région pourrait faire capoter une ambition d’ampleur nationale. C’est déjà le cas, on l’a vu pour le gaz de schiste ou pour l’autoroute Grenoble-Sisteron. Il sera difficile d’éviter des blocages, ceux-ci servant parfois de posture de contestation des niveaux supérieurs de pouvoir.

Le projet de Manuel Valls est alléchant: enfin quelqu’un s’attaque au millefeuille coûteux. Sarkozy aurait dû le faire. Mais ce projet est notoirement insuffisant. Il faut prévoir une plus forte décentralisation politique et y associer des mesures d’incitation à l’implantation d’entreprises dans ces régions plus pauvres ou sinistrées. Une péréquation drainant les ressources fiscales des régions riches vers les régions pauvres ne suffit pas. Il faut que chaque région puisse se développer par elle-même. Le quotidien Libération proposait hier 7 projets de découpage selon divers critères: densité égale de population, produit intérieur brut, etc.



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Un vrai projet devrait être Napoléonien. Fusionner les petites communes, supprimer les cantons ou/et les départements dont il faut transférer les compétences fortes vers les régions (ou garder des départements élargis et supprimer les régions). Deux couches administratives devraient disparaître. Cela doit se faire en fonction des économies régionales, des bassins de population, mais aussi des particularités culturelles, si possible. La France d’avant 1789 était un agglomérat de régions dotées d’une forte autonomie culturelles, cela a laissé des traces, en Bretagne par exemple.

Si donc Manuel Valls va au bout de son projet, la France de 2017 sera en apparence modifiée, ce qui suscitera un certain choc psychologique capable d’effacer les carences économiques et les débats de société brutaux de ces deux dernières années. Cela pourrait peut-être sauver la gauche d’un désastre total et bien plus durable que celui de 2002. Mais le relooking n’aura que peut d’effet sur les économies faites par l’Etat car l’envergure de ce projet est faible. Il tient bien plus de l’effet d’annonce et de l’os à ronger que d’une radicalité qui serait pourtant nécessaire. Bien que tranchant et excessif, Valls n’a pas la carrure d’un Napoléon. Quant à Hollande, il marche dans le marshmallow.

De plus, redessiner les régions devrait être réalisé en cohérence avec un projet européen, afin de définir dans les grandes lignes la taille et les attributs des régions. Car à terme, les élections européennes pourraient coller aux élections régionales. Les partis proposant des candidats seraient eux transrégionaux et pourraient envoyer des majorités au Parlement de Strasbourg. A défaut d’un projet européen, qui devra tôt ou tard être fédéraliste et régionaliste, les nouvelles régions françaises risquent tôt ou tard d’être à nouveau redessinées.

Une Europe des régions serait difficile à gouverner mais plus démocratique que l’actuelle délégation de pouvoir à la Commission de Bruxelles. D’autant que celle-ci délègue à son tour sans que les citoyens n’aient plus accès aux grandes décisions. Le référendum mis en place par l’UE n’est qu’une incitation et n’a pas de vraie force contraignante pour les élus européens. On a vu récemment que la Cour de Justice européenne a invalidé une directive qui autorisait la possible surveillance des communications privées. Pourquoi les citoyens ne sont-ils pas questionnés sur des décisions qui les concernent à ce point? La Cour de Justice européenne est une bonne institution mais il n’y a plus de regard et de contrôle du peuple sur les décisions prises.



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Là encore l’Union Européenne montre qu’elle n’a pas de structure politique ou militaire adéquate pour régler une crise à ses frontières. Elle a envenimé la situation en soutenant le putsch ouest-ukrainien, mais n’a visiblement pas de position unitaire et d’intention claire sur le dénouement d’une situation qui peut toujours mener à une guerre civile.

L’accord d’association passé avec l’Ukraine n’est pas une solution à la crise. Le pays ayant vécu grâce à la Russie, doit maintenant trouver un nouveau bailleur de fonds disposant d’une réelle autorité pour mettre au pas les extrémistes russophobes qui ont pris le pouvoir à Kiev. De plus le fait d’avoir jeté la Russie hors des négociations internationales a pour effet un durcissement de celle-ci, qui menace de couper le gaz à l’Ukraine. L’Europe a tort de traiter ainsi la Russie, pays frère sur le continent. L’UE devrait prendre des initiatives pour peser dans les décisions à venir et pour apaiser les tensions. Il y va de son propre intérêt. Intervenir à Kiev comme elle l’a fait quand l’incendie brûlait déjà alors que le feu menaçait depuis trois mois, proposer une solution qui n’a pas été respectée faute d’une réelle autorité de l’Europe sur le continent, montre que l’UE est encore un nain et que le développement et les institutions doivent évoluer. Ce qui passera par de nouvelles décisions nationales.

En l’état: la France découpe ses régions de manière timorée et sans plan d’ensemble européen, l’Europe n’a pas de projet nouveau hors la délégation de pouvoir à plusieurs étages, et l’Ukraine brûle à nos frontières sans que personne ne sache éteindre l’incendie.

Aucun dirigeant européen ne propose activement de réflexion approfondie sur là où en est l’Union et sur son avenir. On semble se contenter d’une situation hybride paralysante. Il n’est pas étonnant que le nationalisme démocratique reste un recours, quand les nations actuelles ne font pas autre choses que de s’occuper de leurs propres intérêts et agissent sans projet directeur d’ensemble. Or, la simple libre circulation des personnes est un fait politique majeur, qui engage le développement de régions entières et qui doit donc être envisagé au-delà des intérêts nationaux.

L’équation Europe-régions est encore à trouver. Valls, avec sa réformette, s’y engage tout seul. Membre d’un parti étatiste, gageons que la montagne n’accouchera que d’un mulot.

Catégories : Politique 0 commentaire

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