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Drôle d’ambiance sur la planète

J’ai l’impression qu’après l’euphorie des années 70-80 le monde vit une redescente, une gueule de bois, une descente de bad trip. Comment expliquer le reflux social et philosophique actuel qui touche de nombreux domaines? Le repli, la peur cultivée, l’absence de rêves et de désirs qui a saisit tant de gens?

planete1.jpgAprès la bouillonnante prise de parole des années 60-70, parole désordonnée parce que bridée trop longtemps par des idéologies, cassée par des guerres monstrueuses, mais parole si créative, si joyeuse, après donc cette grande bouffée d’air le monde prend comme un coup de vieux. La joie n’y fleurit guère. L’enthousiasme n’y déborde plus. Aucune vision positive ou entraînante de l’avenir n’émerge plus. Le cra-cra, le sordide, le déprimant, le sanglant font la une de l’actualité.

Les rivalités collectives sont toujours prêtes à faire couler le sang, la violence devient banale, le mensonge règne, la peur a remplacé toute vision, toute représentation du monde, le consumérisme est devenu un but en soi à défaut de véritable idéal de vie.

Les Talibans font régner la terreur et vont durablement détruire une région où il y a la bombe atomique, les antagonismes du Proche-Orient s’alimentent mutuellement avec rage, la corruption et les dictatures saignent l’Afrique, Monsanto veut mettre le monde à sa botte par le contrôle de l’alimentation, les scandales remplissent les journaux et se suivent à un rythme d’enfer, une partie du féminisme a repris les anciens modèles d’agressivité et de domination liberticide, l’humanisme est déconnecté du réel, la politique se résume à une lutte de clans, la solidarité humaine est ringarde, les couples se blessent sans vergogne, et chacun ne voit pas plus loin ni plus haut que son paillasson.
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La réalité est plus complexe et nuancée pourtant. Il y a des découvertes extraordinaires, une connaissance exponentielle de notre monde, une technologie incroyable, de l’intelligence à foison, des bonnes volontés à revendre. Mais c’est si morcelé, si peu audible dans le bruit de fond des cris et des guerres de toutes sortes, et avec si peu d’idéal commun mis dans une même direction, que l’on ne sait si le navire Terre et son équipage Humanité vont quelque part.

La Terre se réchauffe - à cause des humains ou naturellement - et déjà on nous prépare des contraintes nouvelles, des morales punitives, des surveillances accrues. Pourtant il y aura pire: les guerres de l’eau à venir, la mort des abeilles et donc de toute une partie de la chaîne alimentaire par défaut de pollinisation, entre autres. Le réchauffement n’est rien à côté de cela.

Les Khmers, qu’ils soient rouges, verts, bleus ou bruns, restent des Khmers.

Je suis viscéralement allergique aux choses imposées qui ne suscitent pas l’adhésion intérieure libre et volontaire. Le besoin de pouvoir reste omniprésent, visible ou sous-jacent, revendiqué ou caché derrière toutes sortes de justifications.

Un exemple personnel. J’ai eu la chance de connaître Taisen Deshimaru sur la fin de sa vie. J’ai appris la méditation Zazen avec lui. Une méditation sans dogme, sans croyance, juste face à soi-même. Il y avait des dojos, des temples, où l’on méditait ensemble. J’ai un peu fréquenté celui de Genève, mais je suis trop indépendant d’esprit pour y être allé régulièrement. Quand Deshimaru est mort, une étudiante qui fréquentait le dojo m’a demandé, avec l’accord du responsable, d’écrire un article pour leur journal interne.

PlanèteGuerre.jpgJ’ai écrit sur le Deshimaru joyeux, drôle, presque iconoclaste, sans besoin de pouvoir, hors hiérarchie, que j’avais connu. J’ai dit combien j’avais apprécié cette liberté et que je méditais aussi bien chez moi qu’au dojo.

Cela n’a pas plu au responsable. Je ne mettais pas en valeur le dojo, la hiérarchie, l’institution, la lourdeur grave de la pratique sous sa guidance. Mon article a donc été refusé. Le responsable a préféré vivoter avec un petit groupe dans les allées obscures d’un pouvoir déguisé plutôt que de faire passer un message joyeux et contagieux.

Comment le monde pourrait-il changer s’il n’y a que lourdeur, pouvoir, courte vue, contrôle, oppression morale?

Comment changer le monde et soi-même s’il n’y a personne pour préparer et faire partager un projet joyeux et enthousiasmant à long terme?

Comment survivre à l’étouffement de ce monde de clans et de rivalités? Comment avoir envie de beauté, de partage, de jeux, de créer sa vie par soi-même, sans enthousiasme?

La suite à venir dans: Une autre humanité?

PS: Pour les otages suisses en Libye, ils sont pris dans les griffes du terrorisme d’Etat depuis 15 mois. Pour eux, l’avenir, c’est l’écran noir et la surveillance rapprochée.

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Catégories : société 13 commentaires

Commentaires

  • Puis-je me permettre une petite remarque ? Khmers est le nom des habitants du Cambodge , quelles que soient leurs opinions politiques ou religieuses...

    De même que parmi les musulmans il y les Talibans et Omar Khayam.



    ;o)

  • Je pense que la bouillonnante prise de parole des années 1960-1970 était déjà annonciatrice du désastre que nous vivons maintenant. Elle ne l'a pas provoqué. Elle en faisait simplement partie. On a vécu à crédit pendant trop longtemps, et à l'heure où il faudrait rembourser nos dettes on n'a pas d'argent. On revient de toutes nos illusions, comme celui qui, s'étant jeté du 50ème étage d'un immeuble et constatant que tout s'est bien passé jusqu'au 2ème étage, commence à douter qu'il puisse continuer encore longtemps à planer comme ça... Il faut tâcher de renouer avec la sagesse, s'intéresser un peu à la vérité des choses.

  • Etre mis en concurrence darwinienne contre vos collègues de travail par l’économie de marché, ne prédispose pas à l’optimisme ni à l’ouverture d’esprit. Cela crée plutôt une morne bassesse que personne n’évoque dans le discours politique aujourd’hui.Quand vous êtes interchangeable et méprisé vous ne prétendez plus exercer de choix.
    Finalement vous devenez aigri et jaloux de tous ceux qui ne sont pas dans la même situation difficile. Et vous imaginez que tous ceux qui bénéficient d’un répit, surtout si il est financé par l’état, vous escroquent.
    Il n’y a ensuite qu’un tout petit pas à faire pour aller du ressentiment à la haine, et au comportement irrationnel qui l’accompagne. Comme le vote UDC ou MCG, contre vos intérêts.

  • @ Azrael:

    Ok pour la précision sur le mot Khmer. Je l'utilise ici comme cela se fait couramment, de manière inexacte, pour l'usage extensif qui en est fait.

    Je partage votre point de vue sur l'état d'esprit et les relations dans le travail. J'ai regardé l'émission lundi sur la 3, sur l'organisation du travail. Même si je ne partage pas tous les commentaires qui ont été fait pendant le documentaire, il est évident pour moi que l'organisation du travail qui presse les gens et les dresse les uns contre les autres est une chose mauvaise, génératrice de beaucoup de souffrance et de démotivation, et donc au final assez contre-productive.

    Il y a là un profond changement de mentalité à opérer. Les dirigeants et les cadres d'entreprise doivent un jour comprendre l'absurdité de ce système. Avoir du plaisir à aller travailler, être enthousiaste, est certainement meilleur pour tout le monde, et probablement tout aussi rentable en terme de résultats économiques. Pourquoi engueuler, dominer, casser des employés, alors que le plaisir de travailler coûte moins en terme d'absentéisme et rend les gens plus solidaires?

    Il y a du boulot, là.

  • Le climat déliquescent qui plane sur notre planète découle de plusieurs facteurs. L'angoisse extrême en est assurément une des sources.
    Merci pour ce billet si bien rédigé!

  • Peut-être qu'il y a simplement trop de compétition entre nous. Et cela se voit jusque dans nos comportements sexuels. Gagner, encore gagner, toujours gagner, sinon t'es rien, un paumé, un looser à qui on n'adresse ni un regard, ni un sourire, ni même un peu de respect. La compétition, quand elle est saine, sait reconnaître au perdant sa part de valeur, sa tentative de gagner, et elle lui garde une place au sein du team sans exiger plus et encore plus de lui ou d'elle. Garder un équilibre vital entre exigence et respiration, entre temps de compétition et temps de méditation, entre temps de partage et temps individuel. C'est un travail de longue haleine pour tous. Une société équilibrée est une société qui écoute ses cris, ses douleurs, ses articulations qui lâchent en plein milieu d'une conférence. Nous sommes autistes. C'est pour cela que nous allons assez mal, dans l'ensemble. bonne soirée. merci de vos billets si variés et intéressants, John.

  • @ Lord Acton:

    Image saisissante, celle du 2e étage... Mais il n'est pas plus mal de perdre quelques illusions et de revenir au réel, et de devoir décider de ce que nous voulons vivre maintenant, et comment.

  • @pachakmac:
    Un auteur qui a bien compris le drame de l'individualisme, c'est Michel Houellebecq. Lire, par exemple, Les Particules élémentaires, ou Extension du domaine de la lutte. Les titres sont déjà très parlants. Houellebecq dépeint un monde dans lequel l'individu s'est libéré de toutes les structures qui l'asservissaient (mais qui, aussi, le protégeaient et lui laissaient du répit) et doit dès lors constamment faire ses preuves, au travail (la fidélité réciproque entre entreprise et travailleur a disparu) et dans sa famille (le mariage ne protège plus de l'abandon). Cela peut être une explication.

  • @hommelibre:
    C'est clair qu'il y a du positif dans ce retour sur terre. J'espère juste qu'il n'aura pas lieu dans un bain de sang.

  • Je propose une réflexion à ce sujet :

    L'amoralité. Et non pas l'immoralité.

    Le manque de morale. Je ne vais pas me faire un gourou de la bonne morale, ni un religieux condamnant les mauvaises morales, je pense simplement que la morale, bonne ou mauvaise, disparaît.

    La fin justifie les moyens, c'est devenu la seule morale restante. Donc ceux qui recherchent le pouvoir n'hésitent plus à marcher sur leurs semblables, ceux qui recherchent la fortune n'hésitent plus à escroquer, voler les autres, ceux qui cherchent le plaisir n'hésitent plus à le trouver dans des paradis complètement artificiels, etc...

    Le châtiment divin ne réfrène plus grand monde, la justice des hommes n'inquiète personne.


    Et je finis en citant le grand philosophe Frank Zappa :

    Une bonne partie de la population ne fait aucun effort de réflexion, et ce n'est pas parti pour s'arranger. Alors, ou bien on lutte pour une cause perdue et on y perd sa santé, ou bien on essaie de prendre les choses comme elles sont et de s'y faire.


    J'avoue, je n'ai plus envie de lutter, mais j'ai encore du mal à m'y faire...

  • La plus grande illusion dont nous revenons est sans doute celle qui consistait à considérer pour acquis qu'abandonner toute référence religieuse allait libérer l'humanité de son sentiment de culpabilité. Nous constatons que cela ne s'est pas passé comme on pensait: les anciennes autorités morales, tant honnies, ont été remplacées par de nouvelles autorités morales.
    Autrefois, on pouvait encore s'opposer aux erreurs des ecclésiastiques en leur rappelant le message de vérité et d'amour dont ils se réclamaient (mais qu'ils ne pratiquaient pas toujours). Autrefois, l'Eglise parlait du péché, mais proposait le sacrement de la réconciliation.
    Aujourd'hui, les nouvelles autorités morales ne sont limitées dans leurs velléités de justice par rien d'autre que leur propre arbitraire jusqu'au-boutiste (elles ne se sentent liées par aucune exigence de vérité ou d'amour), l'homme ploie sans le savoir sous une culpabilité dont il ne veut pas entendre le nom, et les psys n'arrivent pas à comprendre que l'homme n'a pas besoin d'être compris, encore moins d'être approuvé, mais d'être pardonné.

  • Lord Acton, oui j'ai suivi un peu le parcours de cet écrivain dont j'aime le regard désabusé sur le monde mais pas le cynisme dont il fait preuve. A moins que ce cynisme ne soit juste une façade, une armure, pour ne pas tomber dans la fosse de l'inexistence. Le pardon. Oui, c'est fondamental à la vie des hommes. Quand mon garçon m'injurie, je lui dis de baisser immédiatement le ton et stopper avec ses propos injurieux. S'il ne le fait pas, je fais le mur du silence. Cela peut durer plusieurs dizaines de minutes. Au début, il continue à s'énerver tout seul, à hurler parfois, puis petit à petit il se calme, ressent le malaise, revient comme un chat vers moi, m'attrape par la taille, et me demande pardon. C'est le seul moyen que j'ai trouvé pour qu'il arrive à se calmer, à éviter sa violence verbale qui pourrait même se transformer en violence physique si je lui opposais une autre résistance beaucoup plus frontale et musclée. Bonne journée à vous.

  • @ Greg:

    Oui, sans être "moraliste" au sens teigneux et culpabilisant du terme, une morales et une éthique sont nécessaires entre les humains. L'absence de morale fait que tôt ou tard la méfiance s'installe et mine une société de l'intérieur. Sans la confiance mutuelle, fondée sur le fait que chacun respecte une éthique, on ne va pas loin.

    Par rapport au génial Zappa, je vois les choses autrement. Je crois qu'il ne faut pas baisser les bras devant le monde. En tous les cas j'essaie - certains jour sont plus faciles que d'autres.

    Mais croire en l'humain me donne de l'énergie. C'est déjà ça...

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